De nouveaux risques
Une transformation qui dépasse la tech
Les agents IA ne transforment pas uniquement le développement logiciel. La technologie actuelle est déjà capable d'assister ou d'attaquer (selon le point de vue) toute activité basée sur l’information et le raisonnement et majoritairement sur ordinateur. Les fournisseurs d'IA cherchent à s'imposer sur ces nouveaux marchés, comme l'illustre la sortie de Cowork, un assistant généraliste branché sur Claude, ou celle de l'offre Microsoft E7 visant à généraliser l'IA dans la suite Office. Et cela sans parler des développements futurs visant spécifiquement le travail de bureau et de la frénésie dans la robotique déclenchée par l'IA, qui promet des impacts aussi dans les métiers manuels.
Un impact incertain sur l’emploi
Les impacts sur l'emploi ne sont pas clairs, entre peur du chômage de masse (l'entreprise Block vient de licencier 40 % de ses 13 000 salariés en raison de l'IA) et espoir de création massive de nouveaux emplois suite aux gains de productivité apportés par l'IA (le paradoxe de Jevons).
Si effectivement l'IA remplace plutôt qu'assiste les salariés, il est toutefois difficile d'imaginer une masse de nouveaux emplois intellectuels qui ne seraient pas automatisables par l'IA.
Un possible renversement des valeurs
Ces bouleversements promettent un renversement des valeurs dans le monde professionnel, la supériorité des métiers intellectuels sur les métiers manuels étant remise en cause. L'effet étant généralisé, cela dépasserait la mutation de certains métiers (comme les développeurs) pour devenir une révolution sociétale et un renversement de la classe intellectuelle et créative.
Et si l'IA, avec sa bienveillance perçue et sa patience infinie pouvait faire l'essentiel d'un travail de manager ? Et si l'IA, avec sa capacité à synthétiser toute l'information disponible, prenait de meilleures décisions stratégiques qu'un dirigeant ? Les métiers manuels mais valorisés, comme l'artisanat d'art ou la cuisine, vont-ils devenir les derniers refuges ?
Explosion de l'usage et impact énergétique
Alors que les chatbots IA sont déjà un outil du quotidien pour des centaines de millions de personnes, de nouveaux usages de masse se profilent, autour de la mutation des réseaux "sociaux", avec déjà des interrogations sur la santé mentale par exemple.
Cette explosion de l'usage a des impacts, et les développeurs sont au premier rang parce que l'utilisation agentique est énormément plus gourmande qu'un chatbot. Les impacts viennent surtout des datacenters, qui consomment maintenant des dizaines de GW d'électricité (1 GW ~ puissance d'un réacteur nucléaire). Cette électricité produite et consommée aux USA provient majoritairement du gaz, et conduit donc à des émissions significatives de gaz à effet de serre.
Des risques géopolitiques et sécuritaires
Les nouvelles capacités de l'IA permettent d'exploiter efficacement d'énormes masses de données non structurées (texte, vidéo...), et donc de changer d'échelle sur la surveillance de masse automatisée, le renseignement/espionnage, et les usages militaires comme les drones armés autonomes, des problématiques illustrées par la rupture entre Anthropic et le ministère de la guerre américain.
La redistribution de la richesse
Si l'IA automatise une part significative des métiers intellectuels, des gains de productivité énormes sont attendus, donc une augmentation de la production de richesse. Aujourd'hui, les bénéficiaires évidents sont les fournisseurs d'IA et de puces de calcul, des entreprises gigantesques dont la trésorerie n'est déjà pas un problème. Jusque-là, une partie de la richesse était redistribuée par les salaires, encore que de moins en moins au XXIème siècle.
Si l'IA et la robotisation prennent effectivement une part croissante du travail et donc des revenus, la question politique de la redistribution de la richesse deviendra inévitable, sous peine de troubles sociaux de grande ampleur, le tout dans un contexte de rivalités géopolitiques exacerbées.